Télémédecine remboursée en France en 2018 : une solution aux problèmes du secteur de la Santé ?

16 mai 2018

Un projet d’accord entre les syndicats et la caisse nationale d’assurance maladie, qui doit encore être validé au mois de mai, donnerait à tous les patients l’accès aux téléconsultations dès le 15 septembre. Le tarif serait de 25€ pour un généraliste et de 30€ pour un spécialiste. Révolution en cours dans le secteur de la santé ? Est-ce une solution viable pour mettre fin aux déserts médicaux et répondre au vieillissement inéluctable de la population ?

En Bref

  • Inscrit dans la loi de finance 2018 de la sécurité sociale, la télémédecine pourrait être remboursée dès Septembre prochain si l’Etat et les syndicats trouvent un accord
  • La télémédecine recouvre des services différents dont la téléconsultation, la télé-expertise ou encore la télésurveillance, qui ne seront pas régis par la loi de la même manière
  • La télémédecine apporte une réponse à la problématique des inégalités géographiques, économiques et sociales d’accès aux soins ainsi que celui du vieillissement de la population et de la difficulté de renouvellement des médecins dans certaines régions
  • Des défis majeurs attendent encore les acteurs de la télémédecine  : adhésion des médecins comme des patients, protection des données personnelles ou encore mise en place du dossier médical partagé (DMP)

 

Télémédecine : de quoi parle-t-on ?

Le terme générique de télémédecine regroupe plusieurs services distincts dont les principaux sont :

  • La téléconsultation : consultation par un professionnel médical d’un patient à distance (téléphone, visioconférence)
  • La télé-expertise : sollicitation par un professionnel médical d’un ou plusieurs avis d’autres professionnels médicaux
  • La télésurveillance : prise de décision par un professionnel de santé sur la prise en charge de son patient sur la base des données de santé recueillies à distance

De nombreuses plateformes proposent aujourd’hui du téléconseil qui permet à une personne de discuter avec un professionnel de santé par téléphone ou visioconférence. Dans cette situation, le médecin n’est pas autorisé à poser un diagnostic ni à délivrer une ordonnance. Pour être considérée comme téléconsultation, des autorisations supplémentaires et bien plus contraignantes sont nécessaires afin que les médecins référencés sur ces plateformes puissent émettre un diagnostic et le cas échéant délivrer une ordonnance.

Innovation sociétale et fin des déserts médicaux ?

La télémédecine répond à de nombreux besoins des patients, mais aussi des professionnels de santé et de l’Etat. Celle-ci pourrait en effet permettre de :

  • Réduire les inégalités géographiques d’accès aux soins en réduisant le temps d’attente pour obtenir un rendez-vous avec un médecin spécialiste voire un médecin expert qui souvent se trouve loin du lieu de résidence du patient
  • Réduire les inégalités économiques et sociales d’accès aux soins en donnant accès à tous et de la même manière aux meilleurs spécialistes partout en France voire dans le monde
  • Désengorger les services d’urgence des hôpitaux aujourd’hui débordés par des « fausses urgences » et combler en partie le manque de médecins disponibles aujourd’hui. Bien qu’ils n’aient jamais été aussi nombreux, la profession est vieillissante et de plus en plus inégalement répartie sur le territoire
  • Permettre aux professionnels de santé d’obtenir plus facilement et plus rapidement l’avis de confrères avec la télé-expertise

La télémédecine pourrait également être une solution pour des personnes âgées ayant souvent des difficultés à se déplacer. La télémédecine pourrait ainsi faciliter la vie de près de 10 millions de personnes de plus de 75 ans d’ici 2030.

Télémédecine : les défis de demain

L’arrivée de la télémédecine est une révolution pour le secteur de la santé en France. Si elle a de nombreux avantages, il reste encore de nombreux défis à relever pour qu’elle se développe et gagne l’adhésion de tous. Bien que favorables au développement de la télémédecine, l’Ordre National des Médecins émet encore quelques réserves sur le sujet. Certains médecins craignent en effet une détérioration de la verticalité de la relation médecin-patient, déjà entamée avec l’explosion d’internet et du smartphone, chacun pouvant chercher ses symptômes et s’imaginer un diagnostic. Ces nouveaux acteurs de la télémédecine devront donc veiller à bien s’inscrire dans le parcours de soin, en collaboration avec les médecins traitants.

La sécurisation des données personnelles, sujet sensible, est un autre défi majeur pour ces nouveaux acteurs de la médecine. Sur ce sujet, bien que des lois sont déjà en place et que la CNIL, gendarme français de la protection des données personnelles, veille attentivement et valide chaque nouvelle plateforme avant son lancement, ces nouveaux acteurs devront encore rassurer l’opinion publique divisée sur le sujet. Ce dernier défi est également une nouvelle opportunité : celle de réussir à développer en France un dossier médical partagé (DMP), individuel et 100% numérique, afin que la prise en charge (digitale ou physique) du patient soit plus rapide, plus efficace et plus sûre pour le patient comme son médecin. Ce projet, porté par l’Etat depuis 15 ans, peine pourtant encore à se développer réellement. L’essor de la télémédecine et de nouvelles entreprises innovantes pourraient l’aider à enfin aboutir.

Si vous souhaitez en apprendre davantage :

Laisser un commentaire