L’impact investing : une affaire de famille(s) ?

27 avril 2018

Aujourd’hui en France de nombreuses entreprises sont encore à capital familial. En plus d’une tradition plus ou moins longue dans l’entrepreneuriat, ces familles partagent également souvent une tradition philanthropique, en tant qu’investisseur individuel mais également de plus en plus ensemble au sein de démarches familiales concertées. Alors que « l’impact investing » gagne en notoriété et en taille depuis dix ans, comment ces familles d’entrepreneurs se positionnent face à cette nouvelle tendance ?

En bref

  • Dans une étude internationale récente, près d’un tiers des Family Offices interrogées déclaraient être engagés dans une démarche d’impact investing
  • Bien qu’ils ne représentent aujourd’hui que 3% du marché de l’impact investing, les investisseurs de type familial ont des atouts différenciant à faire valoir dont leur capacité à être un accompagnateur de long terme, avec des contraintes de sortie et liquidité bien plus souples que les investisseurs classiques
  • L’impact investing familial pourrait s’accélérer fortement dans les prochaines années,  poussé par les nouvelles générations dont les « millenials » (1980-2000) dont près de 60% à être déjà engagés dans l’impact investing ou souhaitant le faire dans les mois à venir.

Un intérêt croissant et des familles déjà actives

Chaque année Campben Research publie, en association avec UBS, le « Global Family Office Report » (GFOR), rapport international faisant un état des lieux global des investissements des family office et des grandes tendances qui se dégagent. L’édition 2017 révélait que 28% des family offices étaient engagés dans l’impact investing parmi lesquels 40% souhaitaient accélérer leurs investissements dans ce domaine dans les 12 mois à venir.

Malgré un engouement toujours croissant, les montants engagés par les investisseurs familiaux dans l’impact restent aujourd’hui modeste. Le Global Impact Investing Network (GIIN), réseau international des acteurs de l’impact investing estimait en 2017 à 3,4 milliards le total des investissements de family offices dans l’impact, soit seulement 3% du total des sommes investies dans le monde sur ce secteur.

Priorité à l’accès à l’éducation et à la protection de l’environnement 

Plus de la moitié des family office engagés dans l’impact investing interrogées font de l’accès à l’éducation (54%), à l’énergie et l’efficacité énergétique (50%) et de la protection de l’environnement (46%) les thématiques prioritaires dans leurs stratégies d’investissement, avec la plupart du temps la volonté d’être actifs sur plusieurs problématiques à la fois.

Des valeurs en adéquation avec la philosophie de l’impact investing

Avec moins de 3% de ce marché, les investisseurs familiaux font figure de petit face aux fonds d’investissements (67%) et des fondations (11%), comme le rapporte le GIIN. Toutefois, ce type d’investisseur a aujourd’hui des atouts à faire valoir et pourrait être un partenaire intéressant pour les entrepreneurs sociaux comme pour les autres investisseurs.

Tout d’abord la majorité des family offices développant une activité d’impact investing se positionnent dans un temps long grâce à des fonds dits « evergreen » ou ouverts, sans durée de vie contrairement aux fonds classiques d’une durée moyenne de 5 à 7 ans. En effet, les family office sont le souvent intégralement propriétaires des fonds qu’ils mettent à disposition des entrepreneurs sociaux, contrairement aux fonds d’impact investing classiques qui doivent répondre à un calendrier imposé par leurs souscripteurs souvent institutionnels ou grandes entreprises privées.

De plus, ces familles, parfois nombreuses et à la fibre entrepreneuriale prononcée, peuvent en plus de leur soutien financier apporter leur expérience et compétences aux porteurs de projet qu’ils accompagnent. Si ceci est également le cas des fonds d’impact investing classiques, les family office peuvent souvent appuyer sur la multiplicité des profils des associés familiaux qui la compose, à condition bien sûr de les convaincre tous de s’engager en ce sens.

De la philanthropie vers l’impact investing : l’ouverture portée par les nouvelles générations

Si une importante majorité des membres de ces family offices, notamment au Royaume Uni (90%), se disent engagés dans une activité philanthropique, la tendance n’est pas (encore) aussi prononcé en ce qui concerne l’impact investing. Cependant ce changement pourrait se produire bientôt et très rapidement : 30% des « millenials » (nés entre 1980 et 2000) déclarent être aujourd’hui s’impliquer en impact investing et 30% supplémentaires pensent s’y engager d’ici deux ans. Par ailleurs 47% d’entre eux, d’après le rapport du Global Family Office de 2016, considéraient l’impact investing comme un moyen plus efficace d’avoir de l’impact que la philanthropie, nouvelle preuve de l’importance accordée aux entreprises dans les changements sociaux et environnementaux aujourd’hui.

Si vous souhaitez en apprendre davantage :

Rapport annuel 2017 du Global Impact Investing Network : https://thegiin.org/assets/GIIN_AnnualImpactInvestorSurvey_2017_Web_Final.pdf

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